En Occident Yoga se décline de multiples façons, mais le corps physique reste au centre de la pratique. Alors que la tradition propose quant à elle, une lecture plus large. Yoga est considéré comme une Voie d’amélioration à la fois du corps et de l’esprit. Afin d’y parvenir, nous pouvons choisir la forme en fonction de nos dispositions psychologiques.
Ainsi, il existe une approche dévotionnelle autant que philosophique et une approche privilégiant l’équilibre à la fois du corps et de l’esprit. Nous pouvons la résumer dans ce petit tableau :
Au cours du XX° siècle, Yoga s’installe en force en Occident. Les centres, les ashrams, les écoles, les fédérations fleurissent partout… Il n’est plus besoin d’aller en Inde pour apprendre et pratiquer. De nombreux maîtres indiens ou occidentaux apportent à cet univers yogi traditionnel leurs interprétations privilégiant leurs expériences personnelles. Ils insufflent l’idée de méthodes progressives donnant lieu à de nouvelles appellations et soutenues par une large littérature didactique. C’est un phénomène moderne.
Nous rencontrons une figure emblématique en la personne de Krishnamacharya (1888-1989). Il a été, si ce n’est le premier, dans tous les cas la grande référence pour aborder de façon moderne la pratique ancienne. Pourquoi ?
Il a regroupé les postures (asanas) en séquences dynamiques, a donné accès au Hatha Yoga classique aux non-ascètes et aux femmes, mais surtout il développé l’idée d’un yoga thérapeutique qui peut convenir à tous et pas uniquement réservé aux pratiquants en bonne santé. Il a, d’autre part, mis en évidence que chaque individu est unique, ce qui nécessite une approche personnalisée afin qu’il puisse comprendre et intégrer les techniques pour son quotidien.
Plusieurs de ses élèves sont devenus des maîtres en Asie, en Europe et aux Etats Unis. Il a véritablement lancé la dynamique d’un yoga moderne. Certains d’entre eux ont donné leur propre nom à la pratique tel le célèbre Iyengar (1918-2014). D’autres se sont servis de termes sanscrits déjà existants provoquant une confusion ; c’est le fameux Ashtanga moderne de Pattabhi Jois (1915-2009). Sans oublier la première femme professeure Indra Devi (1899-2002) qui fut très en vogue à Hollywood.
Si nous référons à l’enseignement tel que décrit par le Sage Pantanjali, la tradition nous propose de suivre la voie de l’Asthanga appelé plus tard Raja Yoga (terme introduit au XV° siècle) ; comprenons la voie aux huit membres tel que décrit dans les Yoga Sutra. Cette voie spirituelle invite le pratiquant à cheminer vers la libération « moksha ». Il fait donc partie dans formes traditionnelles. Il se distingue du Hatha Yoga issu des interprétations tantriques compilées dans l’ouvrage « Haṭha Yoga Pradīpikā » attribué au yogi Svatmarama disciple du Guru Gorakshanath, et devenu quant à lui une forme Classique. Il pourrait se comprendre comme « un yoga de la force ou de l’endurance ». Le terme quant à lui est traduit par « Lumière sur Yoga du soleil et de la lune ». Il doit être considéré comme une référence rassemblant les approches diverses ayant cours en Inde entre le X° et XV° siècles après J.C.
© British Museum
Ce qu’il faut comprendre dans l’opposition entre Tradition et Modernité se situe au niveau de la finalité de la pratique. Dans l’approche Traditionnelle, la Libération (Moksha) est au cœur du sujet. Dans notre monde contemporain, Yoga signifie « bien-être » « équilibre » et surtout « santé ». On s’aperçoit bien que nous ne parlons pas du même sujet ! En effet, dans l’approche traditionnelle, la santé fait partie de l’Ayurvéda. En fait le sujet a totalement dérivé pour se réduire à des techniques d’étirements, de renforcements et de détente « Parce que je ne vaux bien ! ».
L’approche spirituelle est totalement absente de la plupart des cours. Mais ce qui le plus préoccupant, est la proposition commerciale attachée à ces pratiques de bien-être. Non seulement la séance se structure autour de postures physiques afin d’assurer la souplesse à la mode, celles-ci entremêlées à des respirations destinées à augmenter les capacités respiratoires. Si d’aventure un temps de relaxation se faufile dans l’arsenal de l’homme et la femme modernes, ce n’est que dans l’idée de lâcher le stress afin de devenir encore plus performant.
Une confusion s’est installée dans la compréhension du Yoga conduisant à appauvrir la démarche et à limiter la séance en s’appuyant sur de simples exercices physiques (plus ou moins complexes). Un cours de Hatha Yoga doit se diriger vers Raja Yoga, même si les personnes en présence n’en n’ont pas totalement conscience. L’enseignant soit s’adresser à la globalité de l’être.